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Le Gardien au fil de laine

Loïc, poupée bretonne au crochet, suspendue devant la cheminée d'une maison bretonne

Dans une maison tranquille, aux murs d’un blanc immaculé et aux boiseries patinées par le temps, vivait un petit personnage pas plus haut qu’une pomme. Il s’appelait Loïc. Suspendu par son petit fil noir à un crochet de laiton, Loïc passait ses journées à observer le monde, bien sage.

Avec son chapeau rond fièrement vissé sur la tête, son gilet brodé aux couleurs de la Bretagne et ses petits sabots bruns soigneusement crochetés, il semblait figé dans le temps. Les habitants de la maison passaient devant lui en souriant, voyant en lui une simple et ravissante décoration.

Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que Loïc était un « Korril-laine », un lointain cousin des korrigans, né non pas de la terre et des pierres, mais de la patience et de la douceur d’une tricoteuse.

À la tombée de la nuit, lorsque la maison s’endormait et que seul le tic-tac de l’horloge résonnait dans le décor épuré du salon, la magie opérait. Le petit fil noir se détendait. D’un mouvement souple, Loïc se laissait glisser jusqu’à la grande table en bois brut située juste en dessous de lui. Plop. Ses petits sabots de laine touchaient le bois sans faire le moindre bruit.

Sa mission nocturne commençait. Loïc était le gardien des bonnes ondes de la maison. Il se promenait sur la table vide, veillant à ce qu’aucun mauvais rêve ne vienne troubler le sommeil de ses hôtes. Parfois, il ramassait une miette de pain oubliée, parfois, il s’asseyait simplement au bord de la table, ses petites jambes dans le vide, et écoutait le vent souffler sur les terres de Bretagne.

Un soir de grande tempête, le vent se mit à hurler si fort que les fenêtres se mirent à trembler. Loïc, bravant les courants d’air qui menaçaient de l’emporter, se posta au centre de la table. De ses petits bras de laine, il mima les gestes des marins qu’il avait vus dans les livres, dirigeant la maison comme on barre un navire dans la houle. Il insuffla tout le courage de ses mailles serrées pour apaiser l’atmosphère.

Au petit matin, le calme était revenu. Le soleil perça les nuages et vint caresser le mur blanc. Lorsque les propriétaires se réveillèrent, la maison respirait la paix.

Ils passèrent devant le petit Breton, toujours accroché à son clou.

« Regarde, » dit l’un d’eux, « on dirait qu’il a bougé pendant la nuit, son petit sabot est de travers. »

Loïc garda son expression placide, ses grands yeux brodés fixant l’horizon. Mais si l’on regardait de très près, on pouvait deviner, dans l’arrondi de ses joues rosées, la fierté d’un devoir accompli. Il attendrait patiemment la nuit prochaine, sentinelle silencieuse et bienveillante de sa maison minimaliste.

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