L’ourson à l’étoile rose

Doudou plat ours bleu et rose en forme d'étoile au crochet

Dans une petite chambre sous les toits, non loin du port de Lézardrieux, la nuit tombait lentement en ce début d’automne. La lumière rosée du crépuscule s’infiltrait par la lucarne, caressant le parquet de chêne ciré et le berceau d’osier tressé posé au centre de la pièce.

Là, posé délicatement sur un drap d’une blancheur immaculée, reposait un ourson à la tête bleue. Les habitants du logis pensaient qu’il ne faisait que dormir paisiblement, son visage au museau blanc gravé d’un trait sombre et ses yeux brodés de fil noir fermés sur d’éternels rêves. Ils ignoraient pourtant que sa couverture rose découpée en pointe cachait un savoir très ancien, venu directement des légendes du Trégor.

Dès que l’horloge du comble égrenait ses coups et que les parquets cessaient de craquer, le petit personnage s’animait. De ses bras aux extrémités bleues, il attrapait les rebords de sa grande étoffe rose et la déployait en une large étoile. Il lissait les bordures mélangées de bleu pastel avec le plat de sa patte, vérifiant que chaque pointe captait les odeurs de sel et d’ajoncs apportées par l’air de la côte. Puis, il parcourait le berceau à petits pas feutrés, chassant le froid du drap et lissant le moindre pli qui aurait pu gêner le repos de la maison.

Mais cette nuit-là, un coup de vent imprévu balaya la falaise et s’engouffra par la lucarne mal fermée. La bise fraîche entra dans la pièce avec un sifflement aigu, faisant voltiger le mobile accroché au plafond et trembler le petit livre d’images posé sur la tablette. Le souffle glacial balaya le linge et fit rouler un petit hochet d’argent qui reposait tout près du bord. L’objet métallique glissait rapidement vers le bord du lit, prêt à chuter sur le sol dans un fracas terrible.

Aussi rapide qu’un souffle, l’ourson se jeta en travers du matelas. Il déploya les cinq branches de sa couverture en étoile pour former un tapis de protection sous l’objet qui glissait. La bague de métal heurta le cœur de sa couverture rose dans un tintement étouffé, mâtiné du bruit doux du textile. L’ourson entoura immédiatement le hochet avec ses petites pattes bleues, pesant de tout son poids miniature pour bloquer le roulement avant qu’il ne frôle le vide. Durant plusieurs heures, le vent continua de secouer les contrevents de bois, mais le petit gardien ne relâcha pas son emprise, maintenant le métal froid contre son flanc.

À l’aube, le calme revint enfin sur la côte et les rayons du soleil matinal teintèrent la chambre d’une lueur dorée. La jeune mère entra à pas de loup pour vérifier que tout allait bien et s’arrêta au-dessus du berceau. En découvrant l’ourson fermement blotti contre le hochet en argent, la pointe de son vêtement rose entortillée autour de l’anneau, elle sourit. « Tu as bien veillé sur ses jouets toute la nuit, mon petit ours », murmura-t-elle en replaçant doucement l’objet au pied du lit. L’ourson resta immobile, ses paupières brodées gardant leur secret, mais l’une des pointes de son étoile rose conservait la marque encore fraîche et arrondie du métal.

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